La nuit du levant

Falaise de Fécamp

Dans la froidure de l’hiver,
Au bord du grand océan,
Je me suis posée, l’esprit ouvert.
J’ai vu, là, mourir sur le sable blanc,
Tant d’ombres sans contenu,
Tant de pensées sans richesse. 

Dans les étoiles,
Assise sur le sable,
Je vis un rayon filant
S’envoler au loin
Comme confortant la vie
Aux nuits d’hiver. 

De plénitude à la nuit noire.
C’est de nature épousée
Que je suis devenue rêve.
Il n’y avait qu’ombres fugitives
Dans l’air d’heures brèves
Que marchant, silencieuse,
Semblant trépassée,
Epuisable,
Jamais vulnérable,
Jamais naïve,
Bien qu’il se le dit,
Aux vagues fracassées
Contre le lointain des grèves de sable,
J’ai vu tant d’astres
Que mon regard ne put les marier.
Tous, offrant leur émoi
Aux belles heures enfilées.

Y eut-il un instant dans l’éternité
Du ciel vivant que j’aime,
Plus belle valse que celle des étoiles
Qui dansent et se sèment,
L’incroyable firmament
Qu’aime le vent dans la nuit,
Qu’à la nuit, tant de chants,
À la lumière qui luit, a béni
Mes heures enlacées
Aux fugitifs vœux envolés,
L’or des étoiles,
Sur le rivage des bancs de sable. 

Sur le rivage des bancs de sable
Se reflétait du ciel, le voile,
Si bleu, si étoilé, si ample,
Que ma nudité fut revêtue, nue,
Car n’est nue que l’âme
Qui contemple les astres venus. 

Là, assise sur les algues
Des bancs de grève si vieux,
J’ai murmuré à la nuit
La sagesse du ciel des Dieux. 

Quand au temps
Epousant la délicate fleur
Que l’air envole,
J’ai vu de la nuit
La beauté du soleil
Qui attend le minuit d’Eole,
Quand sur ses ailes
J’ai atteint l’incroyable cœur palpitant,
Voyant la mesure et l’équilibre,
Le destin et la vérité au levant. 

Ai-je vécu de la nuit
Plus bel hymne que son accord,
Plus grande joie que sa lumière
En ses verges d’or !

Quand à la nuit naît la lueur
Au choeur chantant des mondes
Que mon regard
Dans la nuit glacée
Aime,
Que l’océan émonde,
J’ai vu une météorite
Apporter le vœu des astres
Aux sages,
Offrir l’offrande des mages,
Zoroastre
Pour un enfant,
Adam,
Pour le plus noble. 

Le ciel était d’émeraude
La nuit voguait au large
Telle une armée de célestes
Créatures,
Les Dieux mourants
Pour la venue d’Un seul.

 S’il fut un instant,
Souvent répété,
Où le monde accabla
Ma droiture
Pour le mensonge de mille,
Pour d’irresponsables cœurs,
Que d’étoiles vis-je naître,
D’autres s’éteindre
A ces éloquences trompeuses !
Il est si facile de tronquer la vérité
Pour des orgueils en mal d’être.

Et Ô Joie, le mensonge se meurt,
Sur la plage défait sa ride
Car il n’y a de vérité
Que dans l’extrème droiture
Que ma vie témoigne
Aux étoiles me scrutant
Sur la nuit des bancs de sable.

Poème de Béatrice Lukomsky Joly                                        Illustration de Jean-Daniel Perrin